Décès d’un abatteur manuel à l’emploi de Lauzon – Produits de bois exclusifs à la suite de la chute d’un arbre à Lac Cayamant :
la CNESST dévoile les conclusions de son enquête

Gatineau, le 27 juillet 2020

La CNESST rend aujourd’hui publiques les conclusions de son enquête sur l’accident du travail ayant coûté la vie à M. Steven Bertok-Bellemare, abatteur manuel pour Lauzon – Produits de bois exclusifs inc., le 13 août 2019, près de la municipalité de Lac Cayamant.

Chronologie de l’accident

Le jour de l’accident, M. Bertok-Bellemare s'affairait à abattre manuellement des arbres dans une lisière boisée du chantier forestier Cluck. Vers 14 h 30 il a abattu quelques arbres et a poursuivi sa séquence d’abattage avec un hêtre. Malgré qu’il ait fait ses trois traits d’abattage, l’arbre est demeuré debout sur son assise. Pour le faire tomber, le travailleur a abattu un bouleau situé à 3 mètres du hêtre. Le bouleau n’est pas tombé dans la direction prévue et s’est retrouvé encroué dans les arbres environnants. Le hêtre n’étant toujours pas tombé au sol, le travailleur a décidé de le laisser debout. Il a alors entrepris l’abattage d’un autre arbre se trouvant à environ 5 ou 6 mètres du hêtre. Alors qu’il l’ébranchait, le hêtre est tombé dans sa direction et l’a écrasé contre le tronc d’un arbre déjà au sol. L’opérateur du débardeur a trouvé le travailleur et a contacté son surintendant qui a appelé les services d’urgence. Les ambulanciers ont constaté sur place le décès du travailleur.

Causes de l’accident

L’enquête a permis à la CNESST de retenir deux causes pour expliquer l’accident :

  • Des techniques d’abattage directionnel mal maîtrisées par le travailleur ont fait en sorte qu’il a poursuivi des travaux, alors qu’il se trouvait dans la zone dangereuse d’un arbre resté debout dont l’entaille de direction et le trait d’abattage ont été complétés.
  • L’évaluation de l’employeur concernant la maîtrise des techniques d’abattage directionnel était déficiente lors de l’embauche, du suivi quotidien et au niveau de l’outil de suivi utilisé par le contremaître.

À la suite de l’accident, la CNESST a rendu une décision d’interdiction de tout travail d’abattage manuel sur le chantier forestier Cluck et a exigé de l’employeur qu’il mette en place des mesures pour améliorer la sécurité des travailleurs, soit en s’assurant d’effectuer un suivi des opérations d’abattage manuel. Cette mesure, prévue au Règlement sur la santé et la sécurité dans les travaux d’aménagement forestier, a pour objectif de s’assurer de la maîtrise des techniques d’abattage par les travailleurs.

Aussi, la CNESST a exigé que l’employeur s’engage à contrôler les dangers sur le chantier forestier tels que les chicots et les arbres dangereux. L'employeur a immédiatement entrepris des démarches pour se conformer à ces exigences, notamment en embauchant un aide-contremaître afin d’assurer le suivi des opérations d’abattage manuel.

Comment éviter un tel accident

Pour éviter qu'un tel accident ne se produise, la CNESST rappelle aux employeurs leur responsabilité de s’assurer de la maîtrise des compétences acquises par tous les travailleurs. À cet effet, le Règlement sur la santé et la sécurité dans les travaux d’aménagement forestier spécifie, notamment à l’article 31, que tout arbre dont le trait d’abattage est commencé ne doit jamais être laissé debout et que tout arbre qui est retenu dans sa chute ne doit jamais être laissé debout ni être tronçonné.

De plus, la CNESST rappelle qu’un plan d'abattage sécuritaire doit être établi avant d'entreprendre l'abattage d'un arbre. Un plan d'abattage sécuritaire exige, notamment :

  • une analyse de l’arbre et de son environnement
  • la planification d’une sortie de secours
  • une estimation de l’épaisseur de la charnière lors de la coupe.

Par la loi, l’employeur est tenu de prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et assurer la sécurité et l’intégrité physique de ses travailleurs. Il a également l’obligation de s’assurer que l’organisation du travail ainsi que les équipements, les méthodes et les techniques pour l’accomplir sont sécuritaires.

Les travailleurs doivent faire équipe avec l’employeur pour repérer les dangers et mettre en place les moyens pour les éliminer ou les contrôler.

Suivis de l’enquête

  • La CNESST transmettra son rapport d’enquête au Comité paritaire de prévention du secteur forestier afin qu'il sensibilise ses membres concernant les dangers d'un arbre laissé debout après l'abattage et de l'importance du suivi des abatteurs manuel par l'employeur, tel que prévu au Règlement sur la santé et la sécurité dans les travaux d'aménagement forestier.
  • La CNESST a délivré à l’employeur, Lauzon – Produits de bois exclusifs inc., un constat d’infraction. Pour ce type d’infractions, le montant de l’amende varie de 17 179 $ à 68 721 $ pour une première offense, et pourrait atteindre 343 607 $ en cas de récidive.