Travailleur frappé mortellement par une pièce de machinerie sur le chemin forestier Crocodile, dans le secteur Témiscaming : la CNESST dévoile les conclusions de son enquête

Rouyn-Noranda, le 18 juin 2019

La CNESST rend aujourd’hui publiques les conclusions de son enquête sur l’accident ayant coûté la vie, le 21 février 2019, à M. Clifford Joly, opérateur d’ébrancheuse à flèche monopièce pour l’entreprise Kebaowek Land Management inc., sur un chantier forestier dans le secteur Témiscaming, au Témiscamingue.

Chronologie de l’accident

Le jour de l’accident, M. Joly se trouvait au chantier forestier Crocodile, situé au kilomètre 22 du chemin de pénétration Hardwood, dans le secteur de Témiscaming. M. Joly devait y effectuer l’ébranchage d’arbres préalablement coupés et transportés en bordure du chemin, au moyen d’une ébrancheuse à flèche monopièce. En milieu d’après-midi, le travailleur a entrepris des travaux de réparation mécanique sur l’ébrancheuse, qui nécessitaient le retrait d’un cylindre hydraulique d’inclinaison. Pour ce faire, il s’est placé sous le cylindre hydraulique en frappant au moyen d’un masse sur la goupille, alors que son collègue situé du côté opposé au cylindre tentait de retirer la goupille avec une barre d’acier. Dès que la goupille inférieure a été retirée, le cylindre hydraulique a eu un mouvement de balancier et son extrémité libre est venue frapper le travailleur à la tête. Des mesures d’urgence ont été appliquées. M. Joly a été transporté au Centre hospitalier de Témiscaming, où son décès a été constaté.

Causes de l’accident

L’enquête a permis à la CNESST de retenir deux causes pour expliquer l’accident :

  • Le cylindre hydraulique d’inclinaison reliant la flèche monopièce à l’ébrancheuse a balancé brusquement vers le bas et frappé le travailleur à la tête alors que la goupille inférieure était expulsée;
  • La gestion des travaux de réparation mécanique en forêt sur le chantier forestier Crocodile était déficiente quant à la supervision, à la formation et à la méthode de contrôle de l’énergie gravitationnelle, exposant le travailleur au danger d’être frappé par le basculement du cylindre hydraulique d’inclinaison.

À la suite de l’accident, la CNESST a exigé de l’employeur, pour autoriser la reprise des activités forestières au chantier forestier Crocodile, qu’il élabore :

  • une procédure de travail pour les travaux de réparation et d’entretien de l’équipement forestier (ébrancheuse, abatteuse et débardeur) visant à identifier, à corriger et à contrôler les risques;
  • une procédure décrivant la méthode de contrôle des énergies devant être appliquée pour chaque machine;
  • un programme d’accueil pour les nouveaux travailleurs affectés aux travaux de récolte forestière pour qu’ils aient les habiletés et les connaissances requises pour accomplir de façon sécuritaire les tâches qui leur sont confiées. Le programme d'accueil doit prévoir la description des tâches (y compris les risques associés, les méthodes et les outils de travail et les équipements de protection individuelle), la formation sur les méthodes de travail sécuritaires et les modalités de supervision.

L’employeur est actuellement en voie de se conformer à ces exigences.

Comment éviter un tel accident

Pour prévenir les accidents lors de travaux d’entretien et de réparation mécanique dans une zone dangereuse d’une machine ou d’équipement mobile, des solutions existent :

  • Appliquer une méthode de contrôle des énergies avant d’entreprendre tout travail dans la zone dangereuse d’une machine;
  • Former et informer les travailleurs ayant accès à la zone dangereuse d’une machine sur les risques liés aux tâches à effectuer et sur les mesures de prévention spécifiques à appliquer.
  • Par la loi, l’employeur est tenu de prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et assurer la sécurité et l’intégrité physique de ses travailleurs. Il a également l’obligation de s’assurer que l’organisation du travail ainsi que les équipements, les méthodes et les techniques pour l’accomplir sont sécuritaires.

    Les travailleurs doivent faire équipe avec l’employeur pour repérer les dangers et mettre en place les moyens pour les éliminer ou les contrôler.

    Suivis de l’enquête

    • La CNESST transmettra son rapport au Comité paritaire de prévention du secteur forestier afin qu'il sensibilise ses membres aux dangers liés aux travaux d'entretien sur les machines forestières;
    • Le rapport d'enquête sera diffusé dans les établissements de formation qui offrent les programmes d'étude Mécanique d'engins de chantier, Mécanique agricole et Abattage et façonnage des bois;
    • La CNESST a délivré à l’employeur, Kebaowek Land Management inc., un constat d’infraction. Pour ce type d’infractions, le montant de l’amende varie de 17 179 $ à 68 721 $ pour une première offense, et pourrait atteindre 343 607 $ en cas de récidive.